Le règne des laids

Chacun connaît sa part de laideur. Elle est plus ou moins prononcée selon les individus. Certains arrivent à la masquer, sous du maquillage, sous des mots ou encore sous leurs silences hypnotisant de mystère. Mais cette stupéfiante horreur est en nous. Malgré tout, malgré nous.

Et elle finit toujours par ressurgir.

Elle nous saute aux yeux sans prévenir. Parce que cette laideur est encrée dans nos entrailles, comme le sang coule dans nos veines. Elle fait partie de ces choses inexorables. On vit avec en essayent de l’oublier et de la faire oublier aux autres.

Ces autres qui sont si laids.

Cette flétrissure immonde de l’âme, cette diminution de l’éclat. Rien ne l’empêche. Ni la mystique, ni l’esprit, ni les masques du corps. Mais peut-être que cette pourriture recèle quelques finesses… Il doit y en avoir puisque certains s’y complaisent et parfois même la cultivent.

Ils ne se rendent pas compte qu’ils ne sont que pestilences.

Ils sont franchement nauséabonds parfois. A croire que leur odeur les excite. Ils arrivent à croire que ce parfum, cette vomissure, est le produit d’une hormone sexuelle. Mais c’est en fait un virus « olfactivement » transmissible. N’avez-vous pas remarqué que ces êtres-poisons envahissent bien souvent leur environnement ? Autour d’eux, les gens et les chosent finissent par puer. Tout devient zone sinistrée. Leurs émanations radioactives prennent possession des ombres alentours. Ces ombres qui se précipitent sur l’odeur, comme un éphémère sur une bougie incandescente.

Et l’invasion se finit de la même façon. Dans un grésillement et de la fumée noire.

Cette puanteur domine. Elle est omniprésente. Elle manipule le monde. Le règne des laids est annoncé. Leur lymphe s’étend telle une coulée de lave qui me transforme en statue pompéienne. Je suis figée, ne pouvant que constater que mon environnement mute. Et qu’il est temps pour moi de le fuir, sous peine de me changer en fumée noire et grésillement, flairant la mort et la perte du respect de soi.